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Liquidité : 50% des PME saines et 90% de leurs salariés vers l'insolvabilité (Banque Mondiale)

Ceyla Pazarbasioglu, vice-présidente de la Banque Mondiale chargée du Pôle équitable, Finance et Institutions (EFI)

Des experts de la Banque Mondiale ont lancé une alerte à l'endroit de tous les gouvernements : plus de 50% des PME saines, formelles et rentables, et 90% des salariés à travers le monde auront des problèmes de liquidité. Ceyla Pazarbasioglu, vice-présidente de la Banque Mondiale, et Alfonso Garcia Mora, directeur chargé des Finances, Compétitivité et Innovation, chargent les Etats à reconsidérer les approches sur l'insolvabilité des PME pendant et après la crise du coronavirus.

Cette crise menace en effet l'intégralité des réseaux d'activités économiques entourant les petits entrepreneurs de tous les pays. Le problème se pose quand on sait que chaque pays possède son propre régime de mise en faillite, de mise sous administration ou de dépôt de bilan. Chaque pays présente également une approche juridique différente pour les différends commerciaux et les règlements de l'insolvabilité des entreprises.

Ceyla Pazarbasioglu et Alfonso Garcia Mora se sont ainsi exprimés à ce sujet critique pour l'économie mondiale et recommandent une approche par phases, dont voici un extrait.

"Les cadres d'insolvabilité réglementent le traitement des actifs en difficulté, afin que l'activité commerciale puisse se poursuivre ou que les actifs puissent être redéployés à des fins plus productives. Les enseignements des crises passées laissent présager le risque d’une augmentation massive des cessations de paiement parmi les PME, avec les pertes d'emploi qui en découlent. Dans les pays en développement, les conséquences peuvent être aggravées par des régimes d'insolvabilité qui entraînent un nombre disproportionné de liquidations d'entreprises, même quand elles sont viables, et qui rapportent moins de 30 % en moyenne aux créanciers. 

Non seulement ces règles risquent de provoquer une vague dévastatrice de faillites prématurées, mais elles peuvent aussi laisser des entreprises zombies continuer à vivoter alors qu'elles sont dépendantes de l’endettement, qu'elles sont incapables d'investir dans de nouvelles activités et qu'elles privent ainsi de crédit des entreprises saines.

Un récent rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI) a souligné l'ampleur de la menace, estimant que 50 % des entreprises n'auront pas les liquidités nécessaires (a) pour supporter le coût de leur dette au cours de l'année à venir. Bien que la pandémie n'en soit qu'à un stade précoce dans de nombreuses économies en développement, celles-ci sont fortement exposées à ses impacts sociaux et économiques. La crise devrait ainsi entraîner la première récession en Afrique subsaharienne depuis 25 ans et annuler les progrès de réduction de l'extrême pauvreté obtenus après tant d'efforts.

Par ailleurs, comme lors des crises financières et économiques passées, une forte détérioration de la qualité des actifs détenus par les institutions financières est probable , et celles-ci peuvent s'attendre à une augmentation importante du taux moyen de créances douteuses. Par exemple, au plus fort de la crise financière asiatique, ces prêts non productifs sont passés de 4,7 % à près de 30 %, comme pendant la crise financière mondiale de 2008. Étant donné la nature soudaine et généralisée de la crise du coronavirus, le problème des créances en difficulté risque de se poser avec encore plus d’acuité aujourd’hui.

La réponse dépend bien sûr du contexte national, mais en général il est recommandé d'adopter une approche en plusieurs phases. Dans la première phase, à savoir celle dans laquelle se trouve une grande partie du monde actuellement, il est important d’aplanir la courbe des faillites et de recourir à des mesures d’allègement pour éviter l’insolvabilité prématurée d'entreprises viables. Si rien n'est fait, même des régimes habituellement efficaces peuvent conduire à des faillites systémiques, avec une vague d'insolvabilités susceptible de déclencher des cessions d'urgence et un effondrement de la valeur des actifs. Des mesures d’allègement sont particulièrement appropriées dans les économies émergentes, où les créanciers utilisent souvent le système d'insolvabilité comme un outil de recouvrement des dettes.

Si rien n'est fait, même des régimes habituellement efficaces peuvent conduire à des faillites systémiques, avec une vague d'insolvabilités susceptible de déclencher des cessions d'urgence et un effondrement de la valeur des actifs.

Recommandations à reconsidérer par pays

Phase 1 : Éviter que des entreprises viables soient prématurément acculées à l'insolvabilité grâce à des mesures exceptionnelles et temporaires

- Restreindre le recours aux procédures d'insolvabilité à l'initiative des créanciers.
- Suspendre l'obligation des dirigeants de sociétés d'engager une procédure d'insolvabilité, ainsi que les sanctions associées au défaut de déclaration, sauf en cas de fraude.

Phase 2 : Faire face à l'augmentation du nombre d'entreprises qui ne survivront pas à la crise sans passer par une procédure d'insolvabilité

- Mettre en place un système informel de résolution amiable ou hybride.
- Prolonger temporairement les délais de procédure.
- Suspendre l'obligation de procéder à la liquidation, si l'activité commerciale du débiteur s'est interrompue pendant une phase de réorganisation.
- Encourager les procédures électroniques, les audiences virtuelles et les solutions extrajudiciaires.

Phase 3 : Répondre aux difficultés financières des particuliers affectés par la crise

- Prévoir un mécanisme de faillite personnelle, avec des garanties appropriées.


   

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