Economie&Business

Air Madagascar a-t-elle un plan pour se relancer ?


L'incertitude sur la propagation du Covid-19 fait qu'aucun plan de relance ni esquisse de scénario de sauvetage n'est proposé jusqu'ici alors que les compagnies concurrentes comme Kenya Airways et Air Mauritius ont affiché des dates précises de reprise de leurs vols. Voici une rétrospective sur la situation compliquée d'Air Madagascar, qui pourrait conditionner en grande partie la performance du tourisme sur la Grande Île dans les mois à venir.

Fin 2017 : partenariat stratégique signé avec Air Austral

Air Madagascar signe un partenariat stratégique avec la compagnie réunionnaise Air Austral. Cette dernière devait acquérir jusqu'à 49% du capital de la compagnie malgache. Madagascar a appliqué ses engagements institutionnels internationaux sur l'open sky ouvrant le ciel malgache à la concurrence, acte illustré par l'arrivée de la puissante Ethiopian Airlines en terre malgache, précédée  par Turkish Airlines. 

2018 : lancement des vols Saint-Denis - Fort-Dauphin - Tuléar, et Antananarivo - Johannesburg, création de Tsaradia

Air Madagascar et Air Austral lancent les vols vers la Réunion à partir Fort-Dauphin et Tuléar, et la ligne vers Johannesburg. Le gouvernement de l'époque a effectué un dernier déboursement de 303 milliards d'ariary pour accompagner la phase transitionnelle de ce partenariat, après avoir renfloué les caisses d'Air Madagascar dans ses moments de difficultés financières. Air Madagascar lance Tsaradia, une filiale à 100%, pour les vols domestiques.

2019 : difficultés financières persistantes

Le business plan établi avec Air Austral donne un bilan prévisionnel déficitaire de 106 milliards d'ariary pour Air Madagascar, sur l'exercice avril 2018 - mars 2019. En réalité, le déficit était de 123 milliards d'ariary, tel que la compagnie l'a communiqué dans les médias. Air Madagascar est entrée en procès contre Air France sur les deux Airbus A340 loués par cette dernière à la compagnie malgache. La pénalité à payer s'est soldée à 21 millions d'euros après une exigence initiale de 46 millions d'euros par Air France. Air Madagascar abandonne la ligne Antananarivo - Johannesburg, non rentable.

2020 : Covid19 et fermeture des frontières

Air Madagascar, comme ses concurrentes, a subi de plein fouet la fermeture des frontières suite à la pandémie du coronavirus. Sa filiale Tsaradia affiche également une perte de plus de 3 millions d'euros depuis l'isolement des régions malgaches et la fermeture des aéroports nationaux. Les médias internationaux, comme Africa Intelligence, font également état de 5 millions d'euros d'impayés d'Air Madagascar au concessionnaire Ravinala Airports depuis la fin 2019, bien avant la propagation du coronavirus sur la Grande Île.

Scénario probable avant 2021

Si les concurrents régionales comme Air Mauritius et Kenya Airways opéreront de nouveau à partir du 1er août, Air Madagascar n'a aucune visibilité sur sa relance. La propagation du coronavirus pourrait dépasser les quatre mois de confinement adoptés par les pays occidentaux, équipés pour faire face à la pandémie. Ce qui ramènera le transport aérien et le tourisme à une crise sévère rallongée au-delà de 2020. Air Austral ne cache plus sa volonté de sortir du capital d'Air Madagascar, et il reste très peu de repreneur sur un secteur durement frappé par la crise.

Ainsi, soit Air Madagascar se fait appuyer par une compagnie qui connait son marché historique pour pouvoir faire face à ses lourdes charges. Soit le gouvernement malgache adopte le même scénario sud-africain ayant liquidé South African Airways, et crée une nouvelle compagnie saine avec un nouveau modèle économique se rapprochant des compagnies low-cost. Il est en tout cas impensable dans la logique économique actuelle de voir de nouveau le gouvernement malgache soutenir à perte la compagnie sans un nouveau business plan. 

Il serait même temps de réécrire un nouveau modèle économique, à l'instar des compagnies modernes, sans le millier de personnel et les charges mensuelles lourdes à payer. A l'exemple des compagnies low-cost qui ne possèdent plus d'agence commerciale et qui opèrent sur le web pour la commercialisation des sièges et qui externalisent tous leurs services.

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